HABITAT PARTAGÉ : Le succès des colocations inattendues

L’habitat partagé a le vent en poupe. Les inspirations sont multiples –sociales, écologiques, économiques– mais les projets ont un fondement commun : favoriser les échanges humains. Parmi eux, se distinguent les propositions mettant en lien des personnes que rien, a priori, ne destinait à cohabiter. Comme l’association Lazare qui rassemble anciens SDF et jeunes professionnels, ou l’association Le temps pour toiT, qui rapproche en particulier personnes âgées et étudiants.

Vendredi, 19h, dans la cuisine de l’association Lazare, Stéphanie et Michèle s’affairent autour de la gazinière, l’une étalant la pâte à crêpes, l’autre faisant griller des œufs au plat. Ce soir, comme tous les vendredis, c’est repas de fête, pris en commun entre tous les colocataires, garçons et filles, bénévoles et personnes accueillies, et surtout ouvert à des invités de l’extérieur. Au total, plus d’une vingtaine de convives se mêlent dans un joyeux brouhaha. Parmi eux, Isabelle Infirmière, Geoffroy, étudiant à l’Ircom, tous deux bénévoles de l’association, côtoient Mohamed, qui apprend à parler français, Bruno, ancien cadre parisien dans la publicité, qui se reconstruit après une grave dépression et Sophia, arrivée depuis quelques jours, après une cure de désintoxication alcoolique.

Cela fait trois ans que la maison Lazare d’Angers a ouvert au sein d’un bâtiment du couvent des Bénédictines du Calvaire, dans la Doutre. Elle accueille douze personnes : six bénévoles, plutôt des jeunes professionnels qui sont là pour un an, et six personnes sans logement, venant de la rue ou d’un foyer d’hébergement collectif. La maison est gérée par un couple responsable. Pierre-Georges et Delphine Schmieder-Bergantz, et par un couple animateur, Priscille et Vincent Gary : “Nous sommes animateurs de la fête et de la joie, précise Priscille. “et veillons à ce qu’il y ait une bonne ambiance entre tous les colocataires”. Chacun dispose d’une chambre individuelle ; la cuisine, les sanitaires et le salon étant communs. Hommes et femmes habitent dans des locaux séparés.

Après la solitude, la chaleur humaine

Pour ceux qui viennent de la rue, la durée du séjour chez Lazare dure entre six mois et un an. “Le temps de se reconstruire au calme, un tremplin en quelque sorte”, souligne Bruno. Lazare, c’est aussi un endroit où des personnes abîmées par la vie, qui ont souvent tout perdu, retrouvent de la chaleur humaine. Sophia s’émerveille de ce premier apéritif pris avec les autres colocataires : “J’ai besoin d’aide pour me sortir de ma dépendance à l’alcool. Je ne peux pas y arriver toute seule. Ici, je sais que tout le monde va me soutenir”.
La crainte de la solitude, voilà ce qui motive les colocataires de ces cohabitations éclectiques. Ceux qui rejoignent Lazare, qui dispose actuellement de sept maisons en France, mais aussi ceux qui adhèrent à l’association Le temps pour toiT, qui propose des colocations intergénérationnelles., à Angers et à Nantes. “Le projet est né il y a une dizaine d’années, explique Lise Lellier, responsable de l’antenne d’Angers. A partir d’un constat ; d’un côté des personnes âgées isolées, de l’autre des étudiants ayant du mal à se loger. Le travail de l’association est de trouver des ‘duos’ compatibles pour une vie en commun, fondée sur des échanges de services et non sur des relations financières qui sont gérées directement par l’association”.

50 ans les séparent et pourtant

Une démarche réussie pour Océane, 21 ans, qui partage depuis trois ans l’appartement et la vie de Marileine, 71 ans. “J’arrivais de Saint-Nazaire pour faire des études d’histoire à Angers. Je ne voulais pas me retrouver seule dans une ville où je ne connaissais personne. Ce système m’a permis de recréer une petite cellule familiale.” Marileine confirme : “La colocation intergénérationnelle est un antidote à la solitude.” Deux contraintes pour Océane : rester à Angers un week-end sur deux et partager un repas par semaine avec Marileine. Celle-ci s’amuse : “En fait, nous dînons tous les soirs ensemble, même si chacune fait sa cuisine. C’est l’occasion de faire un point sur nos journées. Nous partageons aussi notre déjeuner le dimanche et cuisinons ensemble des pâtisseries.” Les qualités pour une colocation réussie ? “Il faut faire preuve de souplesse et d’ouverture d’esprit”, commente Océane. Chez Lazare, Bruno ajoute en riant “Patience et bienveillance sont indispensables pour se supporter avec nos défauts !”

Claire Yon

• Association Lazare, 8 rue Vauvert, Angers Tél. 06 18 75 34 20
• Le Temps pour toiT, 17 rue de Jérusalem, Angers. Tél 02 40 29 14 82

Paru dans Bonne nouvelle en Outre-Maine, paroisse Saint-Lazare- Saint Nicolas n° 36 Mars 2018